Dans l’entre 2 mers

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Prise de marques dans notre immense demeure, et par un temps qui se réchauffe de plus en plus (28°C annoncés aujourd’hui). Nous sommes partis à la découverte de Bordeaux à seulement 50 min de route, avant affronter demain à vélo 30 km de côtes de Saint-Emilion.

En route pour Saint Emilion

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C’est parti pour une semaine au vert dans le Bordelais.

Bagages pliés, appartement rangé et briqué, nous avons laissé derrière nous un bouquet printanier.

A l’arrivée nous sommes accueillis avec une bonne bouteille de Bordeaux dans une grande bastide au milieu des vignes : chateau Lestage à Sainte Radegonde, tous près de Castillon la Bataille (où la guerre de 100 ans prit fin), et de Saint Emilion… Quel bel échange ! 😁

Au programme : repos, plein air et découvertes œnologiques à gogo ! 🍷Le Mölky est de la partie. 😉

Chronique judiciaire

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Voici quelques nouvelles du tribunal de grande instance où je suis jurée depuis quelques semaines.

L’activité est très différente de mon travail habituel d’ingénieure pédagogique, bien entendu. On y apprend donc beaucoup, notamment sur le fonctionnement de la justice en France, en particulier sur le droit pénal, puisque les procès avec des jurés populaires concernent uniquement les affaires criminelles.


C’est aussi riche d’enseignement sur la psychologie avec l’examen des personnalités des accusés en défense et des parties civiles (les victimes en attaque). On évoque des pathologies ou des traumatismes antérieures aux faits pour tous et aussi la notions et les symptômes de stress post traumatique durable pour certaines parties civiles.

Il y a aussi des aspects sur les enquêtes, le rôle et le fonctionnement des différents services de Police : brigade criminelle = BRI , brigade de répression du banditisme = BRB, police nationale, police municipale… Bien sûr on en apprend sûr les conditions de détention : 2 régimes différents en préventive et après procès, escorte pour les déplacements avec la gendarmerie, transferts en cours de peine, la fameuse « souricière » où les détenus patientent avant et après les audiences, sous le palais de justice, l’isolement… sans oublier les accusés/inculpés/mis en examens qui comparaissent libres.

9 jurés et 5 suppléants pour un appel en assises.

Côté rythme, c’est plutôt intense. Après la journée de briefing pour les jurés populaires du 26 février, le procès a démarré le 27 février par un tirage au sort des membres du jury définitifs. Ensuite, les débats ont été ouverts et animés par le président, un juge bien expérimenté assez senior pour ce type d’affaire criminelle d’envergure : 7 semaines de procès. 8 inculpés avec une foultitude de chefs d’inculpation. Il s’agit d’une histoire de grand banditisme : une tentative d’attaque de fourgon blindé qui a mal tourné avec une course poursuite qui a résulté en de nombreuses victimes blessées ou traumatisées ainsi que le décès d’une policière municipale. Vingt des victimes se sont portées partie civiles. Pas mal de dégâts matériels ou financiers aussi : véhicules endommagés ou volés, tirs dans des bâtiments, incendies, arrêts de travails des victimes…

Il y a plusieurs phases après l’ouverture :
– d’abord la parole aux accusés sur leur posture générale et leur intention de s’exprimer ou non,
– puis une synthèse de l’affaire par le président qui a parlé non stop pendant plus de 2 heures et 1 verre d’eau (!)
– ensuite on enchaîne les témoignages des experts et des témoins. ça commence par la personnalités des accusés, puis les témoignages des témoins et des parties civiles dans un ordre défini et publié en amont par le président. D’abord le déroulé de l’enquête par les policiers, puis les faits avec l’intervention des accusés aussi. Nous avons eu aussi des experts en balistique, en chimie pour les explosifs et les incendies… les aspects police scientifique : ADN, empreintes digitales, odeur…
Résultat, je sais maintenant reconnaitre une Kalachnikov d’un HKMP5 ! Et aussi comment faire un « barbecue » : incendier un véhicule avec un liquide inflammable, des boules de papier hygiénique compactées avec de l’adhésif, sans oublier l’utilisation de fusées éclairantes de la SNCF, au pouvoir très chauffant.

Nous en somme à la fin de cette période de débats contradictoires. Nous abordons maintenant les plaidoiries des avocats :
– D’abord les parties civiles.
– Puis le réquisitoire de l’avocat général (qui représente la Société et l’intérêt collectif) il va synthétiser ce qui ressort des débats sur ce qu’on peut reprocher aux accusés et proposer des peines de prison éventuelles. (pour l’estimation des réparations ça se fait au civil, séparément et sans le jury populaire).
– Enfin viendront les plaidoiries des avocats de la défense. Certains accusés on plusieurs avocats, certains célèbres comme Maitre Cohen-Saban.

Et puis après un dernier tour de parole aux accusés viendra le délibéré. Là c’est le grand secret : autant ce procès est public, la presse mais vous aussi pouvez venir y assister avec une simple pièce d’identité, et donc on peut en parler librement (du moment qu’en tant que jurée je ne donne pas mon ressenti sur tel ou tel élément du débat) ; autant le délibéré est complètement secret. Il n’en ressort que le résultat du vote sur chacune des 260 questions (!) qu’il va comporter. Coupable ou non coupable, puis peine éventuelle de chacun selon l’ensemble des charges retenues et les éléments de personnalité. Car en effet, cela nous a été rappelé : ce sont des hommes que l’on juge et non des faits, d’où la modularité possible des peines dans une fourchette établie.

Vous aurez vu la salle des délibérés de la salle Voltaire.

Durant la phase de débat, c’est toujours le même type de séquence où la prise de notes est capitale pour bien suivre la complexité des informations :
– Le témoin, l’expert, l’accusé ou la partie civile dépose en spontané.
– Le président, ses 2 assesseurs professionnels et les jurés posent des question (pour les jurés, on les fait passer sur petits papiers aux président qui les formule).
– Questions des parties civiles, de l’avocat général suivies de la défense.
Côté horaires, depuis fin février nous débutons donc tous les matins à 9h30 sur l’île de la Cité (j’ai de la chance je peux m’y rendre en vélo comme pour le bureau). Nous disposons d’une pause de plus ou moins une heure pour déjeuner dans le quartier (Ile de la Cité, Châtelet, Fontaine Saint Germain, Ile Saint Louis… c’est agréable !). L’horaire de la pause meridienne est complètement imprévisible selon la fin du planning du matin (ça dépend surtout des questions suscitées par les témoignages). Du coup souvent 3 à 4 heures sans pause, assis à prendre des notes à toute allure. Mieux vaut prendre ses dispositions pour ne pas être pris d’une envie pressante 😉 Et bien sûr impossible de prendre des rendrez-vous.
En milieu d’après midi il y a une pause de 10 minutes. Horaire tout aussi aléatoire, tout comme la fin de l’audience, le soir. On sort bien souvent à 21h30. Pas évident, surtout quand c’est à répétition et même si c’est intéressant. Nous avons heureusement quelques bonnes surprises, trop rares, avant 18h30. Nous accumulons donc tous du manque de sommeil, à moins de se mettre au lit directement en rentrant. Certains jurés n’ont pas complètement lâché leur activité professionnelle. Nous avons divers degrés d’investissement de ce point de vue là. Sans oublier heureusement la vie personnelle.

Aux marches du palais….

Pour les témoins et les parties civile, on peut comprendre qu’il est éprouvant de raconter à nouveaux les faits et donc de revivre un moment douloureux alors qu’on aimerait tourner la page ou que l’on croyait l’avoir fait. Mais ce sont les inculpés détenus pour qui les conditions sont les plus difficiles avec la tension de l’enjeu, les attente, fouilles successives et transports sirènes hurlantes sans voir la route. Arrivée parfois à minuit en cellule pour un réveil à 4h… 7 semaine à ce régime !

Neige sur la Sainte Chapelle mi mars 2018

Bon voilà je viens de vous donner beaucoup d’infos sur la vie de juré d’un coup. J’ai écrit ce long message pour ceux que ça intéresse et pour vous donner des nouvelles. Bref, je vais bien mais suis assez fatiguée car c’est très intense et prenant. Heureusement je peux me reposer le weekend, régler 2, 3 trucs le matin avant le démarrage et Pierre assure bien quand je rentre tard les soirs de semaine. Côté boulot, je suis en congés imposés. Je m’efforce de surveiller toutefois mes courriels pour les besoins d’interventions éventuelles. Sinon côté perso je prépare une soirée de cinéma en plein air dans mon quartier avec un groupe de voisins pour début juin. Un projet assez sympa.

Si vous avez des questions sur un point abordé ou non, n’hésitez pas à les poser en commentaire de ce billet.

J’espère que vous profitez tous du printemps par chez vous. Il pointe enfin son nez à Paris !